Ami Bouganim, Ed. La chambre d’échos

« Ma mère était heureuse de gagner Israël. Malgré son attachement à Casablanca. Elle immigrait parce qu’elle était juive et qu’elle ne pouvait se dérober à une lancinante sommation de réaliser un idéal qui montait de ses entrailles. C’était pour elle

un ordre quasi-divin, un saisissement quasi-messianique. Mais peut-être caressait-elle des rêves plus intimes. Elle avait longuement entendu parler du pays. De ses libertés. De son ouverture. De ses promesses. Elle changeait de vie, il n’était aucune raison pour qu’elle ne renoue pas avec des rêves sentimentaux. Le Maroc était trop étriqué pour qu’elle trouve un compagnon et un père pour son fils. Elle s’est déclarée veuve. C’était plus commode. Les représentants sionistes n’ont pas insisté. Ils n’étaient pas regardants sur ces détails. Ils encourageaient au contraire toutes ces petites mutations qui favorisaient à les en croire l’intégration des immigrants. »